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  • Fred Joyeux

La Saint-Barthélémy des mâles...

Mis à jour : 18 déc. 2020

Lors de ma dernière visite au rucher j’eu la désagréable surprise de trouver l’entrée d’une ruche bouchée par un amoncellement de cadavres !

Stupeur et émotion !

Bien que le froid me l’interdisait je soulevais aussitôt le toit de la ruche pour mesurer l’étendue de l’hécatombe et eut alors l’heureuse surprise d’apercevoir dans l’interstice du nourrisseur un essaim grouillant de vie et d’abeilles. Pour ne pas faire courir de risques supplémentaires aux survivants je refermais prestement le toit.

Continuant mon enquête inquiète, je me penchais vers la planche d’envol ou s’entassaient les victimes et constatais alors qu’il s’agissait principalement de mâles (facilement reconnaissables à leurs gros yeux -on dirait qu’ils portent tous des Ray-ban, et à leur taille nettement supérieure à celle de leurs copines. Des vrais mecs quoi !).

Je me demandais alors ce que des mâles pouvaient bien faire encore dans une ruche à ce moment de l’année. Et c’est probablement la question qu’avait dû se poser leurs frangines en les découvrant cachés quelque part dans l’obscurité des cadres : « Mais qu’est-ce que vous foutez-là les mecs ? ».

Dès lors il était assez facile de comprendre ce qui s’était passé.

Mais d’abord, avec un couteau je nettoyais le plancher pour dégager l’entrée car, en l’état, plus aucune abeille ne pouvait ni entrer ni sortir de la ruche. Je constatais (ce qui confirma mon diagnostique) qu’il n’y avait que cent ou deux cents morts ce qui est assez peu compte-tenu du fait qu’une ruche (Dadant 10 cadres) comme celle-ci contient en hivernage plus ou moins 25.000 abeilles.

Du début du printemps à l’automne, les mâles vivent au cœur de l’essaim dont ils ne représentent guère plus de 10% de la population. Contrairement à leurs consœurs dont la vie n’est que labeur, ils ne participent à aucun des travaux utiles à la colonie et se contentent d’être prêts pour participer à la fécondation des reines le moment venu. Des gros machos profiteurs, pensez-vous. Oui, d’un certain point de vue mais qui payent très cher leurs abusifs privilèges car, dès leur premier coït, ils meurent le pénis arraché. Alors… bon.

Quoiqu’il en soit, ceux-là avaient survécu (au prix de leur abstinence) jusqu’à très récemment puisque lors de ma précédente visite, une semaine plus tôt, je n’avais rien constater d’alarmant. Seulement voilà, leurs copines ne sont pas trop du genre sentimentales et, les sachant incapables de participer aux suicidaires accouplements du printemps prochain, il était impensable pour elles de nourrir leurs bouches inutiles durant la période hivernale.

Du coup, ni une ni deux, les filles les avaient tout bonnement massacrés.

Pour ce faire elles les avaient attaqués en les piquant (c’est leur seule arme). C’était fatal. Doublement fatal, car le paradoxe de cette histoire est que toutes les tueuses sont mortes elles aussi car une abeille qui pique laisse son dar dans sa victime et meure d’hémorragie peu après. Gloups…

Dès lors on peut se demander pourquoi faire un tel sacrifice ? Parce que, guidées par un instinct plus fort que celui de leur simple survie individuelle, les abeilles privilégient toujours la défense de l’essaim par rapport à leur propre destin.

Je ne sais pas si nous autres humains devons en prendre de la graine (ou plutôt du pollen !)… mais en tous cas, ça ouvre des abymes de réflexion en cette époque où nos comportements individuels conduisent notre espèce à sa perte !

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